La démarche de l’artiste est des plus intéressantes : il construit une image pour ensuite la déconstruire par le biais d’une intervention quasi chirurgicale. Il coupe en lamelles ses photos qu’il a préalablement imprimées en plusieurs exemplaires; puis, il les tresse de manière à reconstituer une image « gaufrée » et brouillée, troublant alors sa lecture. La photographie reconstituée semble pixellisée. L’approche sociologique du sujet est rendue par une signature visuelle unique et particulière. Cependant, de plus en plus, les tressages sont partiels; c’est seulement à une partie de son œuvre qu’il fait subir ce traitement.
Par ses représentations de corps presque essentiellement féminins, Rondeau aborde divers aspects de la sexualité (transsexualité, homosexualité…). Il questionne nos tabous, choque parfois nos mœurs… Ses images, de grands formats pour la plupart, offrent un contenu dérangeant mais empreint de signification. Son corpus n’est pas que visuellement intrigant, il est le discours d’un homme et d’un artiste aux préoccupations multiples qui désire faire passer un message tant social que personnel tout en amenant une prise de conscience sur le passé, le présent et le futur. L’artiste donne le point de départ à la lecture de l’image: il nous présente une figure, un symbole, une iconographie… Il trace le chemin à prendre, mais il appartient au regardant de faire sa propre lecture et son interprétation personnelle. Que l’on aime ou pas ce qui nous est visuellement présenté, l’œuvre, à coup sûr, génère questionnements…
Par ses personnages mi-fictifs, mi-humains souvent nus, le photographe suggère une dichotomie intéressante : la visite du vrai et du faux engendre un sentiment d’incapacité à nous situer dans le temps et à prendre position sur le tabou dénoncé. Le manque de repère nous plonge dans une intemporalité insaisissable, un monde quasi surréaliste.
Le corpus de Rondeau est un regard introspectif et interrogatif sur son milieu premier, celui de la mode et de la publicité. Ses bas-reliefs photographiques sont énigmatiques tant à cause du fond que de la forme. Sa technique, qui requiert patience et minutie, contraste avec le sujet à la fois « trash » et provocant. La plupart de ses modèles sont des mannequins professionnels sinon des personnes choisies au gré de son inspiration. Les corps, quant à eux, possèdent un aspect plastique et les couleurs présentes sont chatoyantes et vives. Le rose fushia, symbolisant un monde stéréotypé où la recherche de la perfection corporelle est la préoccupation première, est récurrent.