Mon travail découle d’une expérience personnelle qui remonte à l’enfance, lorsque j’ai accompagné mon père, chirurgien plasticien reconstructeur, à l’hôpital Belén à Trujillo.
Là, j’ai rencontré des visages marqués par des brûlures, des accidents, des malformations et des processus de reconstruction. Cette expérience a façonné ma compréhension du visage humain. J’ai étudié la médecine, mais j’ai trouvé dans l’art une façon de perpétuer cette même impulsion, travaillant sur le visage comme espace de transformation, ancré dans l’idée que chacun a le droit de construire une identité. Je ne me contente pas de dépeindre des visages, j’interviens, je les transforme et je les pousse vers un seuil entre beauté, déformation et mémoire. Dans bien des cas, particulièrement sur des visages marqués par un traumatisme ou une malformation, je les aborde comme s’il s’agissait de patients, des images en cours d’analyse, d’intervention ou de reconstruction, développées numériquement avec une logique proche de la peinture et mettant fortement l’accent sur le détail et la précision.
Je viens d’une région du Pérou où une culture ancestrale a développé une manière particulière de représenter les visages humains en céramique avec un haut degré de réalisme. Les vases-portraits de la culture Moche, développés entre 100 et 700 après J.-C., représentent des individus avec des fentes labiales, des signes de vieillissement, des maladies, des déformations et même des traits animaux. Il n’est pas tout à fait clair si ces portraits représentaient des figures d’élite ou aussi des gens ordinaires, mais ils révèlent une intention de refléter la diversité humaine sans idéalisation. Je suis attiré par cette perspective et je vois mon travail comme une continuation de cette logique dans un contexte contemporain. Tout comme le visage était autrefois modélisé en argile, je le construis maintenant par des moyens numériques.
En même temps, je développe des projets où l’art fonctionne comme un outil thérapeutique, surtout chez les enfants ayant une fente labiale et palatine, établissant un lien direct entre mon histoire personnelle et ma pratique artistique.
Mon travail se situe à l’intersection de l’art, de la médecine et de la technologie, où le visage n’est plus seulement une image, mais un champ d’intervention.