« Si, en traversant un bois ou un terrain vague, tu prends le temps de t’arrêter, de te pencher et d’observer la nature de près, tu remarqueras que rien autour de nous n’est en parfait état. Les brins d’herbe sont brûlés par le soleil ou mangés par les insectes. Les insectes portent des parasites ou sont malades. Les branches sont cassées, les buissons jaunissent à cause du manque ou de l’excès d’eau. Tout, absolument tout ce qui vit est brisé, usé, malade ou altéré. Rien n’est intact, rien n’est parfait. C’est de ce chaos apparent qu’un monde en évolution perpétuelle naît, un mélange d’organismes à la recherche d’un équilibre inaccessible. C’est de ce déséquilibre que le mouvement naît. »
Ayant longtemps travaillé dans l’agriculture de marché, Lemire a observé la nature de près, s’agenouillant dans les champs pour désherber ou suivre le cycle de développement des insectes. Cet angle d’observation du monde a marqué sa pratique artistique. Son travail d’installation tend donc à mettre en scène ce chaos et ce déséquilibre par des œuvres grinçantes, dysfonctionnelles ou usées.
Par l’approximation et l’anti-performance, sa pratique vise aussi à répondre à la course actuelle à l’expérience esthétique, où le spectateur est exposé à un volume gigantesque de productions culturelles. Lemire explore la fragilité de l’expérience humaine, tant individuelle que collective, à travers la fragilité de la matière et l’antithèse de la haute technologie. C’est pourquoi l’objet « bricolé », analogique et artisanal lui semble plus pertinent que jamais.